{"id":2316,"date":"2026-09-24T12:16:21","date_gmt":"2026-09-24T11:16:21","guid":{"rendered":"https:\/\/sooma.com\/?p=2316"},"modified":"2026-09-24T12:33:05","modified_gmt":"2026-09-24T11:33:05","slug":"l-allemagne-et-la-france-ont-cesse-de-debattre-de-souverainete-numerique-et-changent-de-logiciels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sooma.com\/fr\/a-alemanha-e-a-franca-pararam-de-debater-soberania-digital-comecaram-a-trocar-de-software\/","title":{"rendered":"L\u2019Allemagne et la France ont cess\u00e9 de d\u00e9battre de souverainet\u00e9 num\u00e9rique. Elles ont commenc\u00e9 \u00e0 changer de logiciels."},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Pendant quinze ans, la souverainet\u00e9 num\u00e9rique europ\u00e9enne a surtout \u00e9t\u00e9 un sujet de conf\u00e9rence. Il y a eu des d\u00e9clarations, des rapports, des plans d\u2019action, et \u00e0 la fin de chaque cycle, l\u2019administration publique continuait de signer les m\u00eames contrats avec les m\u00eames prestataires.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Quelque chose a chang\u00e9. Pas dans la rh\u00e9torique, d\u00e9j\u00e0 abondante, mais dans l\u2019ex\u00e9cution. L\u2019Allemagne et la France ont commenc\u00e9 \u00e0 remplacer des logiciels en production, avec des budgets allou\u00e9s, des \u00e9ch\u00e9ances contraignantes et de vrais utilisateurs. Il vaut la peine de regarder ce qu\u2019elles font, parce que c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience la plus avanc\u00e9e en Europe et parce que les le\u00e7ons sont transf\u00e9rables, m\u00eame pour ceux qui ne sont pas l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<h2>Allemagne\u202f: une entreprise publique pour construire l\u2019alternative<\/h2>\n<p>L\u2019approche allemande a commenc\u00e9 par une d\u00e9cision inhabituelle. Au lieu de demander au march\u00e9 une alternative aux suites am\u00e9ricaines, l\u2019\u00c9tat a cr\u00e9\u00e9 une entit\u00e9 pour la construire.<\/p>\n<p>Le Zentrum f\u00fcr Digitale Souver\u00e4nit\u00e4t, connu sous le nom de ZenDiS, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2022 par le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur sous la forme d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e d\u00e9tenue par l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral, bas\u00e9e \u00e0 Bochum. Son r\u00f4le est de coordonner le d\u00e9veloppement d\u2019openDesk, un ensemble d\u2019outils bureautiques et collaboratifs open source\u202f: e-mail, agenda, documents partag\u00e9s, visioconf\u00e9rence, gestion de fichiers et messagerie instantan\u00e9e.<\/p>\n<p>Un d\u00e9tail r\u00e9v\u00e8le la philosophie\u202f: l\u2019\u00e9quipe de ZenDiS est r\u00e9duite, une cinquantaine de personnes, et c\u2019est intentionnel. L\u2019entit\u00e9 ne veut pas \u00eatre un fournisseur informatique public de plus. Elle veut int\u00e9grer des projets ouverts existants et faire appel \u00e0 l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne de l\u2019open source pour les d\u00e9velopper. openDesk est l\u2019int\u00e9gration de neuf projets ind\u00e9pendants, chacun avec sa propre communaut\u00e9 et son propre cycle de vie.<\/p>\n<p>L\u2019adoption a des noms concrets\u202f:<\/p>\n<ul>\n<li>La soci\u00e9t\u00e9 <strong>La Bundeswehr<\/strong>, par l\u2019interm\u00e9diaire de sa soci\u00e9t\u00e9 de syst\u00e8mes d\u2019information, a sign\u00e9 en 2025 un contrat-cadre de sept ans pour utiliser openDesk comme espace de travail num\u00e9rique souverain.<\/li>\n<li>De m\u00eame, <strong>l\u2019Institut Robert Koch<\/strong>, l\u2019autorit\u00e9 nationale de sant\u00e9 publique, l\u2019utilise avec environ sept mille utilisateurs.<\/li>\n<li>De m\u00eame, <strong>Le Land de Schleswig-Holstein<\/strong> a converti des dizaines de milliers de postes de travail et, en 2025, a achev\u00e9 la migration de la messagerie de l\u2019ensemble de son administration vers des solutions ouvertes.<\/li>\n<li>En <strong>Baden-W\u00fcrttemberg<\/strong>, pr\u00e8s de soixante mille enseignants ont commenc\u00e9 \u00e0 utiliser la plateforme dans l\u2019\u00e9ducation.<\/li>\n<li>De m\u00eame, <strong>La Cour p\u00e9nale internationale<\/strong>, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 vis\u00e9e par des sanctions am\u00e9ricaines, a annonc\u00e9 en octobre 2025 qu\u2019elle remplacerait la suite Microsoft par openDesk.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce dernier cas m\u00e9rite une remarque. Ce n\u2019est pas un exercice de politique industrielle. C\u2019est une institution qui a d\u00e9couvert, de la pire des mani\u00e8res, que sa capacit\u00e9 \u00e0 fonctionner d\u00e9pendait de d\u00e9cisions prises dans une autre juridiction.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 r\u00e8gles, il y a eu deux \u00e9tapes tout aussi importantes. En mars 2026, le minist\u00e8re comp\u00e9tent et l\u2019association allemande de l\u2019industrie num\u00e9rique ont convenu de conditions contractuelles standardis\u00e9es pour l\u2019achat de solutions open source, levant un obstacle pratique qui freinait de nombreux appels d\u2019offres. Et la F\u00e9d\u00e9ration et les L\u00e4nder se sont engag\u00e9s \u00e0 proposer des alternatives souveraines aux logiciels de poste de travail propri\u00e9taires d\u2019ici \u00e0 mars 2027, l\u2019administration f\u00e9d\u00e9rale visant octobre 2028.<\/p>\n<h2>France\u202f: la suite de l\u2019\u00c9tat, construite au grand jour<\/h2>\n<p>La France a pris un autre chemin, plus proche du produit et moins ax\u00e9 sur l\u2019ing\u00e9nierie institutionnelle. La Direction interminist\u00e9rielle du num\u00e9rique a d\u00e9velopp\u00e9 La Suite num\u00e9rique, un ensemble d\u2019outils ouverts pour les agents publics\u202f: messagerie instantan\u00e9e chiffr\u00e9e, visioconf\u00e9rence, \u00e9diteur de documents collaboratif, stockage et e-mail, accessibles par authentification unique.<\/p>\n<p>Ce sont les chiffres qui distinguent le cas fran\u00e7ais. Plus de cinq cent mille agents publics actifs par mois, dans une quinzaine de minist\u00e8res et de nombreuses autres administrations. La plateforme de messagerie a d\u00e9pass\u00e9 les six cent mille utilisateurs inscrits. Le code est publi\u00e9 et peut \u00eatre inspect\u00e9 par n\u2019importe qui, sans contrat ni compte.<\/p>\n<p>Et il y a un aspect particuli\u00e8rement int\u00e9ressant pour quiconque observe cela depuis un \u00c9tat membre plus petit\u202f: <strong>certains de ces produits ont \u00e9t\u00e9 construits gr\u00e2ce \u00e0 une coop\u00e9ration entre les administrations de plusieurs \u00c9tats membres.<\/strong> L\u2019\u00e9diteur de documents collaboratif est n\u00e9 d\u2019un travail conjoint entre les administrations fran\u00e7aise et allemande, avec une participation n\u00e9erlandaise. Ce n\u2019est pas un produit national destin\u00e9 \u00e0 l\u2019export. C\u2019est un bien commun europ\u00e9en, d\u00e9velopp\u00e9 conjointement et r\u00e9utilisable par quiconque le souhaite.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute la doctrine cloud fran\u00e7aise, en vigueur depuis 2021, qui r\u00e9serve les syst\u00e8mes de l\u2019\u00c9tat traitant des donn\u00e9es sensibles \u00e0 des infrastructures qualifi\u00e9es, immunis\u00e9es contre les l\u00e9gislations extra-europ\u00e9ennes. C\u2019est cette doctrine qui, dans la pratique, a stopp\u00e9 la migration des minist\u00e8res fran\u00e7ais vers les suites cloud am\u00e9ricaines.<\/p>\n<h2>Ce que ces cas ont en commun<\/h2>\n<p>Trois choses, et aucune n\u2019est technologique.<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8rement\u202f: ils ont cess\u00e9 de traiter la question comme une pr\u00e9f\u00e9rence pour la traiter comme une exigence.<\/strong> Tant que la souverainet\u00e9 est un crit\u00e8re de d\u00e9partage dans un appel d\u2019offres, elle perd toujours face au prix et \u00e0 l\u2019habitude. D\u00e8s qu\u2019elle devient une condition d\u2019\u00e9ligibilit\u00e9, le march\u00e9 s\u2019adapte.<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8mement\u202f: ils ont r\u00e9solu le probl\u00e8me de l\u2019achat avant le probl\u00e8me du logiciel.<\/strong> Les conditions contractuelles standardis\u00e9es en Allemagne et la qualification obligatoire en France ont \u00e9t\u00e9 plus d\u00e9cisives que n\u2019importe quelle fonctionnalit\u00e9. La plupart des administrations n\u2019\u00e9taient pas bloqu\u00e9es faute d\u2019alternative. Elles \u00e9taient bloqu\u00e9es faute de moyen de l\u2019acheter.<\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8mement\u202f: ils ont construit ensemble.<\/strong> Au lieu que chaque pays finance sa propre version du m\u00eame \u00e9diteur de texte, ils ont partag\u00e9 le d\u00e9veloppement. C\u2019est la seule fa\u00e7on pour l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne de rivaliser avec l\u2019\u00e9chelle am\u00e9ricaine.<\/p>\n<h2>La part d\u2019honn\u00eatet\u00e9\u202f: tout cela n\u2019en est qu\u2019au d\u00e9but<\/h2>\n<p>Mieux vaut ne pas confondre acc\u00e9l\u00e9ration et ach\u00e8vement.<\/p>\n<p>En avril 2026, une r\u00e9ponse du gouvernement allemand au Parlement chiffrait le nombre de licences openDesk \u00e0 environ quatre-vingt mille, sur quelque 4,7 millions d\u2019agents de la fonction publique f\u00e9d\u00e9rale. C\u2019est moins de deux pour cent. En France, malgr\u00e9 les chiffres d\u2019adoption, plusieurs outils sont encore en cours de d\u00e9ploiement et l\u2019acc\u00e8s est r\u00e9serv\u00e9 aux agents de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Il y a aussi de vraies difficult\u00e9s que ceux qui vendent la souverainet\u00e9 ont tendance \u00e0 passer sous silence\u202f: int\u00e9grer neuf projets ind\u00e9pendants signifie neuf cycles de mise \u00e0 jour et neuf sources d\u2019incidents. Former des dizaines de milliers de personnes habitu\u00e9es \u00e0 une autre interface demande du temps et de la patience. Et il y a des r\u00e9sistances internes, comme toujours.<\/p>\n<p>Rien de tout cela n\u2019invalide la direction. Cela montre simplement que le changement se fait par couches, sur des ann\u00e9es, et que ceux qui commencent plus tard mettront tout autant de temps.<\/p>\n<h2>Ce que cela signifie pour une organisation europ\u00e9enne<\/h2>\n<p>Peu d\u2019organisations sont assez grandes pour construire leur propre suite. Mais trois le\u00e7ons s\u2019appliquent \u00e0 tout organisme public ou \u00e0 toute entreprise en Europe.<\/p>\n<p><strong>Commencez par l\u2019e-mail.<\/strong> Ce n\u2019est pas un hasard si l\u2019Allemagne et la France ont toutes deux commenc\u00e9 par les communications. C\u2019est le syst\u00e8me le plus critique, le plus expos\u00e9 et, paradoxalement, le plus facile \u00e0 changer, parce qu\u2019il repose sur des protocoles ouverts que tout prestataire prend en charge. Une bo\u00eete mail peut \u00eatre migr\u00e9e. Un syst\u00e8me de gestion documentaire avec quinze ans de personnalisations, non.<\/p>\n<p><strong>Exigez des protocoles ouverts, pas des promesses.<\/strong> Si ces migrations sont possibles, c\u2019est parce que les protocoles de l\u2019e-mail, de l\u2019agenda et des contacts sont des standards publics. Quiconque d\u00e9pend de formats ferm\u00e9s est captif, quelle que soit la juridiction du prestataire.<\/p>\n<p><strong>Faites de la juridiction une exigence du cahier des charges.<\/strong> C\u2019est la le\u00e7on la plus transf\u00e9rable de toutes. Nul besoin d\u2019attendre des plans nationaux pour \u00e9crire, dans la prochaine proc\u00e9dure, que le prestataire doit \u00eatre soumis exclusivement au droit de l\u2019UE.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>L\u2019Allemagne et la France n\u2019ont pas d\u00e9couvert une nouvelle technologie. Elles ont d\u00e9couvert que l\u2019obstacle n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 technique.<\/strong><\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce qui se passe r\u00e9ellement dans l\u2019administration publique des deux plus grands \u00c9tats membres de l\u2019UE, et ce que l\u2019on peut en retenir.<\/p>","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_titles_title":"Alemanha e Fran\u00e7a: da soberania digital \u00e0 pr\u00e1tica | Sooma","_seopress_titles_desc":"O que est\u00e1 a acontecer na administra\u00e7\u00e3o p\u00fablica da Alemanha e da Fran\u00e7a, que j\u00e1 come\u00e7aram a trocar de software, e o que da\u00ed se aprende.","_seopress_robots_index":"","_seopress_robots_follow":"","_seopress_robots_imageindex":"","_seopress_robots_snippet":"","_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_robots_breadcrumbs":"","_seopress_robots_freeze_modified_date":"","_seopress_robots_custom_modified_date":"","_seopress_robots_canonical":"","_seopress_social_fb_title":"Alemanha e Fran\u00e7a: da soberania digital \u00e0 pr\u00e1tica | Sooma","_seopress_social_fb_desc":"O que est\u00e1 a acontecer na administra\u00e7\u00e3o p\u00fablica da Alemanha e da Fran\u00e7a, que j\u00e1 come\u00e7aram a trocar de software, e o que da\u00ed se aprende.","_seopress_social_fb_img":"","_seopress_social_fb_img_attachment_id":0,"_seopress_social_fb_img_width":0,"_seopress_social_fb_img_height":0,"_seopress_social_twitter_title":"Alemanha e Fran\u00e7a: da soberania digital \u00e0 pr\u00e1tica | Sooma","_seopress_social_twitter_desc":"O que est\u00e1 a acontecer na administra\u00e7\u00e3o p\u00fablica da Alemanha e da Fran\u00e7a, que j\u00e1 come\u00e7aram a trocar de software, e o que da\u00ed se aprende.","_seopress_social_twitter_img":"","_seopress_social_twitter_img_attachment_id":0,"_seopress_social_twitter_img_width":0,"_seopress_social_twitter_img_height":0,"_seopress_redirections_value":"","_seopress_redirections_enabled":"","_seopress_redirections_enabled_regex":"","_seopress_redirections_logged_status":"","_seopress_redirections_param":"","_seopress_redirections_type":0,"_seopress_analysis_target_kw":"","_seopress_news_disabled":"","_seopress_video_disabled":"","_seopress_video":[],"_seopress_pro_schemas_manual":[],"_seopress_pro_rich_snippets_disable_all":"","_seopress_pro_rich_snippets_disable":[],"_seopress_pro_schemas":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2316","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-soberania-digital"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sooma.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2316","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sooma.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sooma.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sooma.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sooma.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2316"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/sooma.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2316\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sooma.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2316"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sooma.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2316"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sooma.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2316"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}